café

Photo Internet - Atelier d'écriture "Le défi du samedi"

 

Le Bar à Tin

 

Le « Bar à Tin » était au cœur du village, juste en face de l’église au fond de la place de l’église. Le dimanche, en attendant les femmes et les enfants qui assistaient à la messe, les hommes se rassemblaient chez le « Tin » pour trinquer au dimanche, s’enquérir des derniers potins du village et échanger avec passion sur le baratin de la politique .  Et pour les enterrements, ils attendaient que le cercueil sorte de l’église pour quitter le café, se joindre au cortège pour l’accompagner jusqu’au cimetière et revenir ensuite boire un coup pour noyer l’émotion et se prouver qu’ils étaient encore bien vivants, eux..

Chez le « Tin »,  Celestin de son nom de baptême, s’il y avait quelque chose de céleste, c’était bien  l’ambiance. Avec un sourire qui lui fendait le visage, il avait toujours une blague à raconter, un trait d’humour sur quelque chose et un rire tellement communiquant que c’était par plaisir que l’on entrait lui dire un petit bonjour. On lui apportait un lièvre tué à la chasse à cuisiner, une fricassée de morilles, et même le ramasseur de vipères avec sa cage grouillante dans sa remorque derrière le vélo s’arrêtait pour se faire payer un canon et donner l’étrenne pour le service qu’il rendait à la population. Quand on pénétrait dans le café un subtil parfum de pastis, de bière et de tabac froid vous envahissait. L’odeur avait tout imprégné…. Les tables en noyer toujours bien cirées, les murs, les lattes du plancher gris à force d’avoir été mouillées avec un entonnoir et balayées avec énergie,  les affiches de l’équipe de foot et des boulistes avec sur deux étagères, les fanions et coupes respectives, gagnées lors de concours émérites dont on se racontait encore les exploits.

Quand il faisait beau, les hommes restaient sous la tonnelle ombragée d’une vigne vierge filtrant le soleil cuisant de l’été qui fondait le goudron de la route. C’est chez le Tin  que l’humour d’un vieux paysan -  le Glaudius, un commis de ferme qui avait fini par épouser sa patronne -  se déployait, loin de sa bougresse de femme qui l’épiait comme le lait sur le feu car il avait une légère tendance à rentrer pompette le dimanche et après, eh bien … il fallait quand même bien traire les vaches !

Quand il y avait des funérailles, ce personnage- aux allures d’un Louis de Funès qu’il n’avait jamais connu - envoyait ses boutades : « Tu vois mon Tin, je souhaite du mal à personne mais Ah ! si au moins  y avait plus souvent un enterrement !

Et pour parler de ses « douleurs » il disait : « j’peux plus r'garder en haut, j’peux plus r'garder en bas, y’a qu’la table qu'est à ma m'sure".  Il cutivait sans l'avoir appris l'art d'une répartie  spontanée, directe et drôle.

 Et tout le monde riait dans le bar à Tin. Et tout le monde revenait le dimanche suivant !

 

Lecrilibriste